4 septembre 2026 · Zanele Mtshali
Un ballon de netball recouvert de plumes révèle un art ndebele en voie de disparition
Une artiste ndebele couvre un ballon de finale de plumes, préservant une technique maîtrisée par moins de dix femmes.
Un ballon de netball et une question de transmission
Au sous-sol d'une institution muséale, un objet sportif ordinaire pose une question peu ordinaire sur l'avenir d'un savoir-faire. Le ballon de match utilisé lors de la victoire de l'Australie à la Coupe du monde de netball 2023, disputée au Cap, est aujourd'hui recouvert de plumes de poulet disposées selon une technique ancestrale ndebele que moins de dix femmes âgées, sur l'ensemble du territoire sud-africain, sont encore capables de pratiquer. C'est autour de cet objet, et de la question de qui financera sa transmission, que se construit désormais un dossier culturel d'une certaine urgence.
L'artiste à l'origine du travail s'appelle Gogo Esther Mnguni. Son curateur et interlocuteur médiatique, Prince Menzi Mthethwa, a indiqué qu'elle est aujourd'hui l'une des praticiennes les plus visibles de cette technique au pinceau de plumes de poulet, une méthode artistique qui risque de disparaître entièrement d'ici une génération si aucune mesure n'est prise pour en assurer la transmission. Netball South Africa a remis à Mnguni le ballon officiel de la finale de 2023, qu'elle a transformé selon sa pratique distinctive. Un second ballon, celui du quatrième titre mondial des Springboks lors de la Coupe du monde de rugby 2023 en France, a subi la même transformation. Les deux oeuvres ont été dévoilées simultanément pour la première fois à l'occasion du lancement de l'exposition Legendary Women in the Arts au Ditsong National Museum of Cultural History, à Pretoria.
La question de l'argent public se pose dès ce point précis. L'exposition s'inscrit dans une démarche institutionnelle portée par le Ditsong Museums of South Africa, un organisme public. Sa directrice générale par intérim, la docteure Molebogeng Mohapi, a déclaré que les musées avaient traditionnellement privilégié les récits masculins, écartant souvent les femmes des narrations importantes. L'institution a donc pris la décision délibérée d'élargir sa programmation pour inclure les femmes, les jeunes, les personnes en situation de handicap et des personnes d'origines diverses. Mohapi a précisé que cette orientation était essentielle à la cohésion sociale et à la construction nationale, deux objectifs inscrits dans les missions des établissements culturels financés par l'État.
L'exposition célèbre six femmes sud-africaines dont les travaux ont contribué au patrimoine artistique et culturel du pays. Aux côtés de Mnguni figurent la docteure Esther Mahlangu, la docteure Noria Mabasa, Helen Sebidi, Rebecca Matibe et la docteure Gcina Mhlophe, réunissant arts visuels, sculpture et arts du récit. Le lancement a coïncidé avec les commémorations du soixante-dixième anniversaire de la Marche des femmes de 1956. Lynette Tlhogo, présidente du conseil du Ditsong Museums, a souligné que l'une des sculptures de Mabasa représente cet événement historique, reliant ainsi les artistes présentées à une longue histoire de femmes ayant façonné l'identité sud-africaine.
La stratégie de Mnguni pour faire vivre sa technique repose sur un constat pragmatique documenté par Mthethwa: les modes de communication et de transmission ont évolué au-delà des espaces artistiques traditionnels. En apposant son travail sur des objets sportifs reconnaissables, elle crée des points d'entrée vers la culture et le patrimoine pour des publics qui n'auraient jamais croisé ces pratiques autrement. En mars dernier, elle est devenue la première artiste à peindre sur le toit du Leonardo Hotel à Sandton, à deux cent trente-quatre mètres de hauteur, sur une chaussure Superga. Une seconde chaussure de la même marque a été commandée pour le centième anniversaire de l'entreprise italienne, et les deux oeuvres devraient être exposées en Italie l'année prochaine. Mthethwa a par ailleurs rappelé qu'elle avait antérieurement peint un ballon de rugby à Paris.
Par contraste avec ces escapades internationales, le ballon de netball est conçu pour rester sur le continent avant de traverser les océans. Il est destiné à parcourir les neuf provinces d'Afrique du Sud avant de se rendre en Australie, lorsque ce pays accueillera la Coupe du monde de netball 2027. Des ateliers accompagneront ce parcours itinérant, conçus précisément pour transmettre la technique traditionnelle aux jeunes générations. C'est ici que la question du financement public reprend toute sa centralité. Ria Ledwaba, présidente de la South African Gallery of Legends, a indiqué que des discussions étaient en cours avec le National Arts Council au sujet du financement de programmes communautaires permettant aux artistes célébrées de partager leurs compétences avec les jeunes. Elle a également évoqué la possibilité de transporter les oeuvres en Australie lors des prochaines Coupes du monde, et a insisté sur la nécessité de célébrer les figures culturelles du pays de leur vivant, plutôt que d'attendre leur disparition pour reconnaître leur apport.
Julie Diphofa, représentante du National Arts Council, a qualifié les six femmes de gardiennes culturelles, éducatrices et bâtisseuses de la nation, dont les contributions devraient faire partie de la mémoire nationale partagée. L'ambassadrice d'Australie en Afrique du Sud, Tegan Brink, a pour sa part évoqué le programme "Her Power 27", héritage de la Coupe du monde 2027, qui vise à créer des opportunités pour les femmes et les filles dans le sport, tout en plaçant la culture, l'art et la narration des Premières Nations au coeur de la compétition. Elle a cité la joueuse des Proteas Elmeré van der Berg, qui évolue au sein des Adelaide Thunderbirds, comme exemple des liens de développement sportif noués entre les deux pays.
L'exposition restera au Ditsong National Museum of Cultural History pendant six mois (une durée qui laisse peu de place à l'improvisation si des financements tardent à se concrétiser). Les discussions en cours avec le National Arts Council sur le financement de programmes communautaires n'ont, à ce stade, pas encore abouti à des engagements formels documentés. C'est le résultat de ces négociations qui déterminera, dans une large mesure, combien de cette technique survivra à la génération qui en est encore dépositaire.