5 septembre 2026 · Zanele Mtshali
Patrimoine de 39 millions de rands, dizaines de véhicules: un général limogé face à l'enqu
Révoqué après une absence à son audience disciplinaire, le général Khan reste sous enquête pour enrichissement inexpliqué.
Un portefeuille immobilier évalué à environ 39 millions de rands, une trentaine de véhicules acquis en l'espace d'une seule année, et un salaire que les enquêteurs jugent incapable de justifier l'un ou l'autre de ces actifs: c'est par ce constat financier que les procédures engagées contre le Major Général Feroz Khan prennent tout leur relief. Khan, ancien chef adjoint du Crime Intelligence au sein du South African Police Service, a été révoqué de ses fonctions. Cette révocation ne met pas fin aux investigations parallèles qui le concernent.
La chronologie administrative est précise. Le SAPS a prononcé le licenciement après que Khan ne s'est pas présenté devant l'officier supérieur désigné pour superviser la procédure disciplinaire accélérée. La porte-parole Brigadier Athlenda Mathe a officiellement annoncé la mesure le mercredi 2 septembre, confirmant que Khan était "réputé licencié" en vertu de la Réglementation 9(7)(b) des Règlements disciplinaires du SAPS. Le Haute Cour du Travail avait préalablement rejeté la demande urgente qu'il avait introduite pour bloquer cette procédure, ouvrant ainsi la voie à la révocation. Selon Mathe, le résultat illustre le principe selon lequel aucun membre du service, quel que soit son grade, n'échappe au droit ni aux mécanismes disciplinaires institutionnels.
Il s'agit là d'une décision administrative, non d'un verdict judiciaire. Les poursuites pénales engagées contre Khan restent en cours devant le tribunal de première instance de Kempton Park, et leur origine remonte à un incident daté de mai 2021 à l'aéroport international OR Tambo. Khan y avait été arrêté en compagnie du Major Général Ebrahim Kadwa, chef des Hawks en Gauteng, et d'un homme d'affaires du nom de Tariq Downes. Les charges portaient sur la possession illicite de métaux précieux et sur des actes visant à entraver le cours de la justice. Selon les procureurs, Downes avait été trouvé en possession de 75,9 grammes d'or non affiné et aurait prétendu mener une opération clandestine. Khan et Kadwa seraient intervenus pour obtenir la libération de Downes, alors que les enquêteurs n'ont trouvé aucune trace d'une opération officiellement autorisée. Les trois hommes ont été libérés moyennant une caution de 20 000 rands chacun.
C'est dans ce contexte que les travaux de la Commission Madlanga prennent une dimension particulière. Cette instance a engagé un examen plus large de la conduite de Khan au sein du Crime Intelligence. Le Lieutenant Colonel Nkoana Joseph Sebola y a témoigné que l'implication de Khan dans la saisie de cocaïne d'Aeroton en 2021 était irrégulière et qu'il était intervenu dans les enquêtes qui avaient suivi. Les responsables de la présentation des preuves ont soumis à la commission des messages WhatsApp ainsi que des données extraites des appareils électroniques de Khan, alléguant qu'il aurait facilité l'attribution de marchés publics au profit de Mohamed "Mo" Sayed, un acteur influent du secteur du tabac. La commission a également entendu des affirmations selon lesquelles Khan aurait transmis des informations confidentielles de la police au dirigeant de l'EFF Julius Malema par l'intermédiaire de Sayed, et aurait rédigé des questions parlementaires destinées à ce même homme politique. Malema a reconnu connaître Khan et avoir contacté Sayed après que Khan a été blessé par balle, mais il a nié avoir accordé une protection à quiconque ou s'être ingéré dans les travaux parlementaires.
La question financière a occupé une place centrale dans les auditions. L'avocate Adila Hassim, responsable de la présentation des preuves, a interrogé les faits documentés concernant les acquisitions immobilières et les véhicules, demandant comment le revenu déclaré de Khan pouvait dépasser son traitement de fonctionnaire de police au regard de ce patrimoine. Cette ligne d'enquête débouche sur une autre allégation impliquant Andrea Johnson, ancienne directrice de l'Investigating Directorate Against Corruption. Selon ce que la commission a entendu, Johnson aurait transmis à Khan un dossier policier de 2018 avant qu'il ne fournisse une déclaration d'avertissement, lui permettant ainsi de préparer sa défense à l'avance. Interrogée sur ce point, Johnson a invoqué son droit de ne pas s'auto-incriminer, indiquant qu'un dossier du Parquet national était en cours d'examen en vue d'éventuelles poursuites.
Par ailleurs, les certificats médicaux soumis par Khan pour justifier ses absences au travail et devant les diverses instances ont fait l'objet d'un examen critique au cours de la même semaine. Hassim a soulevé des interrogations quant aux dates figurant sur ces documents. Le médecin de Khan aurait déclaré à la commission que le fils de Khan avait demandé des modifications de dates, ce qui aurait abouti à des notes rédigées avec antidatation. Khan avait été victime d'une tentative de meurtre à Johannesburg en juin (peu de jours avant la date à laquelle il était censé témoigner), et son incapacité à comparaître a permis aux preuves à charge d'être présentées sans que sa parole ni ses arguments contraires ne puissent y répondre.
La commission a maintenu une position constante sur un point fondamental: les allégations formulées contre Khan n'ont pas encore été soumises à l'épreuve du contradictoire. Il n'a pas déposé devant l'instance d'enquête et n'a pas eu l'occasion de répondre à l'ensemble des griefs retenus contre lui. Le SAPS a de son côté indiqué qu'il continuerait à respecter les décisions de justice et à communiquer des informations supplémentaires sur le licenciement dans la mesure où le droit le permet.
La question qui structure désormais la prochaine phase des deux procédures reste entière: Khan comparaîtra-t-il un jour devant la commission pour contester les allégations financières et opérationnelles qui le visent, ou est-ce la procédure pénale de Kempton Park qui rendra un verdict en premier?