20 août 2026 · Zanele Mtshali
Née à Soweto, Chidimma Adetshina se bat contre l'effacement de sa nationalité
Une femme née à Soweto risque l'expulsion après l'annulation des papiers de sa mère pour fraude.
C'est un dossier administratif qui a mis en mouvement tout le reste. En 2024, les autorités sud-africaines ont révoqué les documents d'identité de Chidimma Adetshina, une femme de 25 ans née à Soweto et ayant grandi au Cap, au motif que la trajectoire juridique de sa mère vers la citoyenneté sud-africaine prêtait à contestation. Un an plus tard, en 2025, la citoyenneté sud-africaine de cette même mère, Anabela Rungo, a été annulée à son tour, à la suite d'allégations de fraude à l'identité. Ces deux décisions administratives forment le socle sur lequel repose aujourd'hui une procédure d'expulsion qui oblige l'État sud-africain à préciser, devant ses propres tribunaux, les critères qu'il applique pour reconnaître quelqu'un comme l'un des siens.
Le cadre légal en cause est relativement clair dans sa formulation, mais complexe dans son application. En droit sud-africain, la naissance sur le territoire national ne confère pas automatiquement la citoyenneté. Il faut qu'au moins un parent soit citoyen ou résident permanent. C'est ce fil que le gouvernement tire dans l'affaire Adetshina: son père est de nationalité nigériane, et sa mère a désormais perdu sa propre citoyenneté sud-africaine. L'État en déduit que les bases juridiques de la citoyenneté d'Adetshina ne tiennent plus.
Le cas n'a pas commencé dans un prétoire. Il est devenu public lorsque Adetshina a atteint la finale du concours Miss Afrique du Sud en 2024. Des questions sur son éligibilité ont rapidement émergé, liées à ses origines mozambicaines du côté maternel et à la nationalité nigériane de son père. La controverse a pris suffisamment d'ampleur pour qu'elle se retire de la compétition. Elle a ensuite participé à un autre concours, sur invitation, et a remporté la couronne de Miss Universe Nigeria.
Les faits ont alors pris un tour plus grave. En juin de cette année, elle a été arrêtée sous l'accusation d'être revenue en Afrique du Sud de manière irrégulière, avant d'être relâchée sous condition. Le département des affaires intérieures soutient qu'elle aurait demandé un visa sud-africain depuis le Nigeria, obtenu des passeports nigérians pour elle-même et son fils, puis franchi la frontière par un poste mozambicain sans autorisation. Pour les autorités, ces éléments contredisent une prétention à la citoyenneté sud-africaine.
Adetshina récuse ce cadrage sans ambiguïté. À l'issue d'une audience tenue mercredi au Cap, elle a déclaré: "Je rappelle à tout le monde que je suis née en Afrique du Sud. J'ai utilisé les voies légales appropriées pour faire déterminer mon statut et ma citoyenneté." Elle a qualifié les poursuites de tentative des autorités de faire d'elle un exemple, et a exhorté l'opinion publique à résister à ce qu'elle a décrit comme une xénophobie et une désinformation qui façonnent la manière dont les gens sont traités.
Pendant que l'audience se tenait à l'intérieur, un rassemblement de militants anti-immigration s'organisait à l'extérieur du palais de justice. Certains ont couru derrière son véhicule à son départ. La manifestation était menée par un groupe nommé March and March, qui milite pour le départ des migrants en situation irrégulière. La scène illustre à quel point un litige portant sur des documents administratifs peut rapidement se transformer en catalyseur de tensions plus larges autour de la migration et de l'identité nationale.
Sur le plan procédural, le gouvernement avait demandé que la jeune femme soit placée en détention le temps que la procédure d'expulsion suive son cours. Cette demande a été reportée lors de l'audience de mercredi. Le recours juridique d'Adetshina contre la décision du département des affaires intérieures sera examiné au fond lors d'une prochaine audience fixée en février 2027. D'ici là, elle est autorisée à demeurer sur le territoire.
La date de février 2027 mérite attention au-delà de sa dimension procédurale. Ce que les fonds publics ont financé jusqu'ici dans cette affaire, c'est une mécanique administrative lourde: révocations de documents, arrestation, audiences successives, mobilisation des services de l'État. Ce que la décision à venir devra dire, c'est si cette même machinerie est capable de traiter de manière équitable les personnes prises dans des litiges documentaires où les histoires familiales traversent plusieurs frontières.
Pour toute personne dans une situation administrative similaire (et elles sont nombreuses dans la région), le verdict enverra un signal précis: la voie judiciaire offre-t-elle une résolution réelle, ou seulement un délai prolongé? Cette question reste, à ce stade, entièrement ouverte.