29 août 2026 · Zanele Mtshali
Fusariose à La Réunion : cinquante parcelles bananières passées au crible en 2025
Cinquante inspections menées en 2025 n'ont révélé aucun foyer du champignon dévastateur sur l'île.
Un arrêté préfectoral, cinquante parcelles visitées et un champignon qui attend
Ce n'est pas un bilan de satisfaction que publie la Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt de La Réunion, mais un état de vigilance. Depuis le début de l'année 2025, ses agents ont conduit plus d'une cinquantaine d'inspections sur des parcelles bananières réparties sur l'ensemble du territoire de l'île. Le résultat provisoire est négatif : aucun foyer de fusariose TR4 n'a été détecté. Mais c'est précisément ce résultat qui mérite d'être examiné de près, car il ne tient pas à la chance. Il tient à un dispositif réglementaire maintenu à cadence soutenue, financé par des moyens publics, et dont la robustesse face à une pression régionale croissante reste une question ouverte.
Le champignon que surveille la DAAF se nomme Fusarium oxysporum. C'est lui qui provoque la fusariose TR4, une maladie qui conduit, selon les termes de Laurent-Xavier Delmotte, chef adjoint du service alimentation de la DAAF, au "dépérissement des bananiers". Ce que les données scientifiques documentent par ailleurs, et que Delmotte rappelle explicitement, c'est la capacité de persistence exceptionnelle de ce pathogène : il "peut survivre jusqu'à une trentaine d'années sous forme de spores". Cette durée de vie dans les sols transforme une introduction accidentelle en problème potentiellement irréversible à l'échelle d'une génération agricole. C'est à cette réalité que répond l'ensemble du dispositif institutionnel en place.
La géographie de la menace est documentée. La fusariose TR4 a déjà été détectée à Mayotte, aux Comores, en Inde, en Asie du Sud et en Afrique de l'Est. La Réunion se trouve donc au centre d'un arc régional où le champignon progresse. Les autorités réunionnaises font valoir que l'île demeure indemne, et elles attribuent cet état sanitaire à l'efficacité de leur action réglementaire, non à une quelconque immunité naturelle du territoire. Ce positionnement institutionnel place d'emblée la continuité du financement et des effectifs d'inspection au coeur de l'enjeu.
Le cadre juridique sur lequel repose ce dispositif est un arrêté préfectoral au périmètre large. Il interdit strictement l'introduction de végétaux dans les bagages de tout passager entrant sur le territoire réunionnais, quelle que soit la voie d'accès : aérienne, maritime ou de plaisance. Selon Delmotte, l'interdiction couvre les "fruits, légumes, plantes, parties de plantes, semences, graines, etc." Sur cette base légale, les services sanitaires opèrent des contrôles qui portent à la fois sur le fret commercial et sur les bagages personnels. Deux flux distincts, deux logistiques d'inspection, un seul texte de référence.
Sur le terrain, les agents de la DAAF travaillent à partir de marqueurs cliniques identifiables. En surface, un jaunissement et un flétrissement des feuilles constituent les premiers signes visibles. À l'intérieur du végétal, une coupe transversale du tronc révèle, dans les cas confirmés, "une forme de vascularisation de couleur brune ou rouge", selon la description fournie par les autorités. La contamination ne se limite pas à une partie de la plante : elle touche l'ensemble du végétal, "que ce soit ses parties grimpantes comme le tronc ou les feuilles, ou les bananes dans une moindre mesure." Cette diffusion interne conditionne les protocoles de gestion, car un foyer détecté suppose une réponse qui dépasse le seul plant concerné.
La prévention ne repose pas uniquement sur les agents de l'État. La DAAF a formalisé des obligations comportementales à destination des voyageurs quittant l'île. La recommandation officielle est de "bien nettoyer le dessous de ses chaussures, de les désinfecter, d'enlever la terre et les fragments de sol" avant tout départ. Ce vecteur passif, la semelle souillée, est souvent sous-estimé dans les dispositifs de biosécurité agricole. Le fait que la DAAF le cite explicitement témoigne d'une approche qui intègre le comportement individuel comme variable de risque réelle, pas seulement théorique.
Dans le même esprit, le dispositif inclut un mécanisme de signalement citoyen. Delmotte insiste sur ce point : "Quand on a un doute, il ne faut pas hésiter à le signaler à la FDGDON ou à la DAAF de La Réunion." La Fédération Départementale des Groupements de Défense contre les Organismes Nuisibles est ici identifiée comme relais opérationnel de première ligne. Son efficacité dépend cependant d'une sensibilisation continue des acteurs agricoles, qui relève elle aussi de moyens publics dédiés.
Trois leviers articulent l'ensemble du système : le contrôle aux points d'entrée du territoire, la surveillance directe des parcelles, et la sensibilisation des résidents. Chacun consomme des ressources humaines et budgétaires. Jusqu'à présent, le résultat mesurable est un bilan négatif au sens clinique du terme, ce qui constitue l'objectif recherché. La question que posent les données régionales, sans y répondre, est celle de la montée en charge : dans quelle mesure les ressources d'inspection actuellement mobilisées par la DAAF permettront-elles de tenir cette cadence si la progression du champignon dans les pays voisins intensifie la pression aux frontières de l'île dans les mois à venir ?