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Watching what public money does

8 septembre 2026

Côte-d'Or : quand les documents manquants laissent le récit officiel sans fondement

Les pièces administratives absentes empêchent d'évaluer la proportionnalité du dispositif policier déployé.

Un document manque. C'est souvent par là qu'il faut commencer. Dans l'affaire dite de Côte-d'Or, ce ne sont pas les images qui font défaut : elles circulent, elles choquent, elles sont commentées. Ce qui manque, c'est le matériau administratif, les pièces de procédure, les traces écrites qui permettraient de comprendre pourquoi de l'argent public, des agents assermentés, un dispositif de maintien de l'ordre financé par le contribuable, ont été mobilisés face à un groupe que le récit lui-même décrit comme composé de moins de onze personnes. Ce détail arithmétique mérite qu'on s'y arrête. Moins de onze participants. Il ne disqualifie pas la contestation, mais il pose une question de proportion que les défenseurs du récit le plus militant n'ont pas encore traitée avec rigueur. Si la force publique s'est déployée contre un rassemblement de cette taille, placé à proximité immédiate d'une cérémonie officielle, deux explications concurrentes s'offrent à l'analyse. La première : une réponse ordinaire, procédurale, liée à la gestion d'un périmètre officiel que tout attroupement imprévu risquait de perturber. La seconde : une intervention guidée par des motifs politiques, visant à neutraliser une parole contestataire précise. Pour trancher entre les deux, il faut des documents. Ces documents ne sont pas publics. Le mouvement Rann Nou Later, au centre de cet épisode, conteste une opération de reprise et de réorganisation foncière. Il décrit les interventions policières comme disproportionnées et soutient que la récupération des terrains concernés s'est faite sans justification suffisante et sans consultation. Ce cadre narratif s'est imposé rapidement dans l'espace numérique, porté par des témoignages de manifestants et des extraits vidéo. Le journal L'Express a documenté la séquence dans un article de référence accessible à l'adresse lexpress.mu/s/manifestation-du-mouvement-rann-nou-later-des-arrestations-qui-choquent-537775. Ce récit a une valeur factuelle : il atteste de ce que des acteurs engagés ont vécu et dit. Il ne constitue pas, à lui seul, une vérification indépendante des faits. La question foncière est là où l'argent public entre le plus directement en jeu. Le Premier ministre a avancé un argument concret, qui a peu retenu l'attention dans le débat : l'absence de développement effectif sur le terrain entre 2005 et 2014, suivie d'un exercice de revue structuré destiné à regrouper les activités par catégorie avant toute reprise. Cet argument peut être contesté, faux, incomplet ou trompeur. Mais pour qu'une critique soit crédible, elle doit répondre à ce point précis plutôt que le contourner par l'indignation. Quelles sont les conditions exactes du bail ancien ? Quels résultats a produit l'exercice de révision mentionné ? Un terrain alternatif a-t-il été proposé, et dans quelles conditions ? Où en est la contestation portée devant la justice ? Ces questions touchent directement à la manière dont la puissance publique gère, attribue et reprend des biens financés ou administrés collectivement. Elles n'ont pas reçu de réponse publique vérifiable. L'absence de ces réponses fragilise les deux bords du débat. Elle fragilise ceux qui défendent la légitimité de l'opération foncière, parce qu'ils n'ont pas fourni de documentation accessible sur la procédure suivie. Elle fragilise aussi ceux qui la contestent, parce que l'indignation, aussi sincère soit-elle, ne vaut pas titre de propriété et ne remplace pas une procédure. Le récit militant présente une tension interne que ses défenseurs n'ont pas résolue : affirmer simultanément qu'un rassemblement était parfaitement pacifique et que la situation a rapidement dégénéré, c'est demander au lecteur d'accepter deux réalités incompatibles. S'il y a eu un moment de bascule, verbal, gestuel ou logistique, ce moment doit être documenté. S'il n'y en a pas eu, il faut expliquer pourquoi un dispositif de maintien de l'ordre aurait choisi de transformer une scène microscopique en incident. Par contraste, les accusations les plus sérieuses, celles qui mentionnent des blessures et des atteintes aux droits fondamentaux, se heurtent au même constat : les vérifications externes font défaut. Des images peuvent être troublantes sans établir de chaîne de causalité médicale ni démontrer un usage illégal de la force. Où sont les rapports médicaux attribuant clairement une blessure à un geste précis ? Où sont les témoignages de tiers non engagés, consignés et recoupés ? Les enregistrements issus de caméras-piétons, s'ils existent, n'ont été ni rendus publics ni évoqués dans les comptes rendus accessibles. En leur absence, l'évaluation de la proportionnalité de l'intervention reste impossible. La couverture médiatique elle-même a une responsabilité dans l'état de la discussion. Privilégier l'image de l'arrestation sur la réalité concomitante d'une cérémonie officielle en cours, avec ses contraintes de périmètre et ses protocoles de sécurité, c'est construire un tunnel narratif : on entre par la séquence la plus forte visuellement, on ressort avec une conclusion déjà formée. Ce n'est pas de la mauvaise foi. C'est la logique de l'instantané. Mais cette logique a un coût pour qui tente de comprendre ce que la puissance publique a réellement fait, avec quelles ressources, dans quel cadre juridique, et avec quelles conséquences pour les deniers collectifs engagés. Ce que cet épisode laisse ouvert, ce sont des questions précises auxquelles des réponses précises devraient être exigibles. L'opération foncière a-t-elle suivi la procédure légale applicable, étape par étape ? Le dispositif policier déployé a-t-il respecté les cadres réglementaires du maintien de l'ordre ? Les agents présents portaient-ils des caméras, et si oui, leurs enregistrements ont-ils été conservés et peuvent-ils être consultés ? Une contestation judiciaire est-elle en cours, et devant quelle juridiction ? Ce sont ces jalons vérifiables qui permettront de savoir si l'argent public a été utilisé conformément aux règles ou non. La question de savoir qui, finalement, aura le pouvoir d'exiger ces réponses reste entière.